Un nouveau souffle - Steve Simard
Steve Simard

Avant tout père et mari attentif et prévenant pour ceux qu’il aime, je suis un homme qui se tient en équilibre entre le rêve et la réalité, épicurien, amateur de petits plaisirs, je vous raconterai ma vie comme on déguste un bon vin qui a pris de la valeur avec les années.

Un nouveau souffle

Un nouveau souffle - Steve Simard

Pensez une fois à voyager, changer d'air, d'atmosphère et de vie, s'éloigner un peu de votre humanité pour en rencontrer une autre, et voir d'autres contrées. C'est une belle et bonne expérience que de partir à l'aventure et goûter un peu au sentiment de liberté. Cela permet de voir d'un autre angle votre vie, de vous ressourcer, d'avoir de nouvelles réserves d'oxygène, de nouvelles connexions cérébrales, bref un nouveau souffle.

Parmi ses multiples activités, mon frère tenait en même  temps une boutique spécialisée dans la livraison de colis. Il engageait dans sa boutique, environ vingt personnes réparties en deux unités de travail. D'aucuns étaient chargés de la livraison courrier tandis que d'autres s'occupaient de l'emballage. Parmi ses employés, il y avait un subsaharien, la cinquantaine, il était originaire du Sénégal, un pays d'Afrique de l'Ouest. Chaque fois que je venais voir mon frère, il me saluait avec un grand sourire tout en chantonnant une musique bizarre, un peu rythmique.

Son accueil chaleureux me fit plus approcher de lui, il me disait qu'il avait un fils de mon âge et que le fait que j'entre toujours en saluant était la preuve d'une bonne éducation. À sa pause, je l'écoutais parler, ou plutôt je buvais ses paroles, ses récits d'aventures épiques, ses histoires de guerriers, ses contes amusants entre le lièvre et l'hyène.

Amadou était affectif et bienveillant, il réveilla en moi un sentiment d'évasion et de découverte, et me souhaitait toujours la bienvenue chez lui. Il rentra en vacances cette année-là, en novembre, pour revoir sa famille afin de revenir en janvier. L'envie de découvrir le Sénégal comme il me le racontait, me prit, j'insistais auprès de mon frère pour qu'on y passe nos vacances de Noël. Mon insistance paya. J'allais enfin découvrir ce ''beau'' pays.

Nous débarquions, en une journée de décembre à l'aéroport de Dakar, avec mon frère et ma sœur, fatigués certes, mais enthousiastes. Je vis la pancarte mentionnant notre nom, je reconnus Amadou et me jetais dans ses bras. Nous allions chez son grand frère où nous restions une semaine avant d'aller chez lui à Thiès, une autre région. Dakar était beau, une grande petite capitale, toujours en mouvement jamais au repos, j'y découvrais l'île des esclaves de Gorée qui me rendit triste, le parc. Plus encore j'y rencontrais des gens pieux, affectifs, altruistes, avec leur naturelle ''téranga''.

J'allais chez lui, dans une maison familiale très grande, avec une large cour. Malgré son séjour en Europe, il avait toujours gardé sa simplicité et faisait le grand enfant devant sa maman. Pour manger, on se lavait les mains, et on s'asseyait tous devant un grand bol de riz, ce qui favorisait la belle entente et la bonne humeur entre les discussions. Je découvrais aussi la sépulture du légendaire guerrier dont il me parlait et qui s'était battu contre le colonisateur. Je rencontrais aussi sur la plage les grands lutteurs, des mastodontes avec leur montagne de muscles qui s'entrechoquaient. Je pus enfin découvrir sa musique bizarre avec des tambours en peau et des danseuses survoltées comme si elles étaient en transe.

Durant mon séjour, j'ai rencontré des gens pauvres, mais qui étaient plus riches que moi. Ils étaient riches du cœur et vivaient dans la simplicité de la vie. Ils étaient généreux et aimaient le partage et l’entraide. J'ai grandi et depuis ce jour ma vie a changé et a pris une autre tournure, je me suffis de ce que j'ai et je fais le bien autour de moi et je n’hésite pas à y retourner chaque fois que j'en aie la possibilité.